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«Les asset managers suisses – plus que jamais sur le devant de la scène en ces temps de crise liée au coronavirus.»

 

Christian Gast
CEO de Systematic Investment Management SA

Christian Gast est CEO de la société Systematic Investment Management SA (SIMAG), une joint-venture entre Credit Suisse Asset Management et l’Ecole polytechnique fédérale (EPF) à Zurich. Auparavant, il était membre de la direction de BlackRock (Suisse) SA en qualité de Responsable iShares et Index Investing.

 

Christian Gast, le succès, c’est quoi pour vous?

C’est de réussir à concrétiser une idée, un projet – à petite comme à grande échelle – au sein de l’entreprise. Cela nécessite pour commencer de s’interroger sans relâche sur l’existant, sans quoi aucune idée nouvelle ne voit le jour. Dans un deuxième temps, celui de la mise en œuvre, il faut de la concentration sur l’objectif, de la ténacité, sans oublier bien souvent une solide détermination face aux opinions et aux concepts établis. Mais la question apparemment évidente à se poser au départ est toujours la même: cette activité va-t-elle me permettre d’apporter, directement ou indirectement, un réel avantage au client? A partir du moment où la réponse à cette question est un «oui» franc et massif, la motivation est là et je ne recule devant aucun effort.

Quelle est la meilleure décision que vous ayez prise dans votre carrière professionnelle?

Faute de savoir quel aurait pu être mon parcours professionnel autrement, il est difficile de dire a posteriori quelle a été la «meilleure décision». En tout cas, mes stages d’étudiant au sein de l’ancienne Société de Banque Suisse, d’abord dans la gestion de portefeuille à Berne, puis dans l’analyse financière à Bâle, ont été déterminants pour ma carrière.

Quel est votre moteur?

La volonté d’apprendre en permanence, afin de disposer d’un socle aussi stable que possible pour élaborer de nouvelles solutions avec les membres de mon équipe et pour apporter de la valeur ajoutée aux clients.

Si je vous demande de citer un personnage qui a «réussi», à qui pensez-vous?

Vous voulez dire «réussite économique»? Dans ce cas, le nom qui me vient spontanément à l’esprit – ce n’est pas très original – est celui d’Elon Musk, un entrepreneur visionnaire. Mais il se distingue peut-être davantage par sa vision, justement, que par une gouvernance d’entreprise exemplaire. Je pense aussi à Thomas Middelhoff, qui est emblématique du caractère éphémère de la réussite économique – mais qui n’a pas manqué d’en tirer quelques enseignements personnels, comme il l’explique dans sa passionnante autobiographie.

Qu'est-ce qui vous a poussé dans la voie qui est la vôtre aujourd'hui?

La première impulsion a été mon intérêt pour la Bourse ou, plus concrètement, pour les investissements dans des actions individuelles – en d’autres termes, l’espoir spéculatif, au vrai sens du terme, que l’évaluation que l’on fait de la valeur «réelle» d’une action est la bonne. En général, cette évaluation ne tarde pas à être mise à l’épreuve de la réalité, d'où des déceptions, mais la fascination pour la Bourse demeure. Ensuite, plus je m’intéressais au marché des capitaux, plus j’ai eu envie d’approfondir le point de vue de l’investisseur et, logiquement, la construction de portefeuille. On touche là au rôle fiduciaire fondamental de n’importe quel asset manager ou gérant d’un mandat discrétionnaire.

Quel rôle jouent les réseaux sociaux dans votre vie?

Un rôle sans doute moins important que pour l’utilisateur moyen. Je me sers beaucoup d’un certain nombre de réseaux professionnels mais, pour le reste, j’essaie de faire en sorte que les réseaux sociaux jouent un rôle raisonnable. Soit parce que je préfère les contacts personnels directs, soit parce que je me sens de plus en plus infantilisé par certains réseaux sociaux, soit tout simplement parce que je pense avoir mieux à faire de mon temps.

Y a-t-il quelque chose qui vous soit indispensable au quotidien?

Sans hésitation, la musique. Même si j’ai une prédilection pour la musique classique, j’écoute un peu de tout car à mon avis, comme le disait Duke Ellington, «there are simply two kinds of music, good music and the other kind». Par ailleurs, j’ai du mal à me passer longtemps d’un piano à portée de main...

Avec qui auriez-vous plaisir à partager un repas?

Toutes sortes de noms me viennent à l’esprit – avec hélas des perspectives restreintes qu’une telle rencontre se réalise: Daniel Barenboïm, Yuja Wang, Noam Chomsky, Hans Küng, Yanis Varoufakis, Ray Dalio, Ken Robinson, etc.

Quel livre lisez-vous actuellement?

Je lis en parallèle «Finance and the Good Society», de Robert Shiller, et «Avoir ou être», d’Erich Fromm. S’agissant du livre de Robert Shiller, je dois bien avouer que je me stimule régulièrement en pensant à cette phrase de Bill Gates: «I don’t let myself start a book that I am not going to finish».

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