Retour à l'aperçu

«Pour réussir, il faut savoir créer une bonne équipe.»

 

Charlotte Bänninger
UBS Asset Management

Charlotte Bänninger, Head of Fixed Income chez UBS Asset Management. Dans le cadre de ses fonctions, elle est responsable d’un volume de placement de plus de CHF 260 milliards, investi selon des stratégies Fixed Income et Marché monétaire. Parallèlement, elle dirige les activités Fixed Income en Suisse et est membre de la direction d’UBS Asset Management Suisse. Elle a également joué un rôle décisif dans la mise en place de la plateforme d’obligations en CHF, dont le volume de placement dépasse CHF 30 milliards. Charlotte Bänninger a derrière elle plus de trente ans d’expérience dans le domaine du placement.


Charlotte Bänninger, quel est le plus grand défi que vous ayez eu à relever dans votre carrière professionnelle?

C’était en 2000/2001, quand le responsable du domaine Fixed Income Suisse a démissionné sans crier gare: j’étais alors gérante de portefeuille et voilà que du jour au lendemain, j’ai pris sa succession à la tête de l’équipe. Je n’étais pas préparée à cette tâche de conduite, mais il a bien fallu que je me jette à l’eau! Un énorme défi, auquel je n’ai pas tardé à prendre goût. A la même époque, il y a eu les attentats terroristes du 11 septembre 2001, avec l’impact que l’on sait sur les marchés financiers, ainsi que la faillite de Swissair. Ces événements ont été un test de résistance que nous avons globalement bien réussi, car nous avions déjà des systèmes performants de gestion des risques et nous ne détenions pas d’obligations Swissair en portefeuille. J’ai beaucoup appris en très peu de temps, j’ai aussi pris confiance en moi. Ces expériences me servent encore aujourd’hui, dans mes fonctions de responsable internationale Fixed Income. Globalement en effet, les défis à relever restent les mêmes. Nous répondons de la performance des placements et, pour qu’elle soit au rendez-vous, il nous faut des processus adéquats, mais aussi les bonnes personnes à la bonne place. Nous devons également motiver nos troupes et, pour ce faire, je m’appuie sur ma longue expérience de gérante de portefeuille! S’agissant de la gestion des risques, qui est de plus en plus importante, nous sommes très performants grâce à nos systèmes, mais aussi grâce à une étroite coopération avec le service Risques.

Quels sont les principes qui vous guident en matière de conduite?

Il me semble que j’ai le contact facile et je m’efforce de faire preuve de respect envers tout le monde. Qui dit «Asset Management» dit «People’s Business». Quand on connaît bien les membres de son équipe, les forces et les faiblesses de chacun, cela simplifie les choses. Et pour réussir, il faut savoir créer une bonne équipe. Si vous ne prenez que des meneurs, ça ne marchera jamais. Le secret, c’est de choisir des personnalités diverses, c’est-à-dire de doser avec doigté les caractères et les talents. En tant que responsable, j’essaie d’être exemplaire: cette attitude suscite en retour le respect. Par ailleurs, il est indispensable d’adopter un style de conduite transparent et clair. On n’achète pas la confiance de ses collaborateurs, on la gagne. Mais une fois que l’on a réussi à établir une relation de confiance, même les questions désagréables sont plus faciles à aborder et l’on finit par trouver une solution qui convient à tous. Bien sûr, il n’y a pas seulement ce que je dis qui compte, mais aussi comment je le dis. Je le sais par expérience: mes collaborateurs me trouvent à la fois exigeante et juste.

Sur quelles valeurs reposent vos actes au quotidien, vos décisions et vos projets?

Sur l’honnêteté, en premier lieu, et la sincérité: être soi-même, ne pas tricher, c’est fondamental pour moi. De même que la volonté d’aller toujours un peu plus loin que les autres – sans oublier le sens de l’engagement. Quand on s’engage avec passion, on finit toujours par atteindre son but. C’est vrai pour un professionnel de la finance comme pour un coiffeur ou un cuisinier. Chez les jeunes collaborateurs en particulier, il est très important de sentir qu’ils font leur travail avec conviction et pas seulement pour gagner leur vie.

Qu’est-ce qui vous plaît le plus – et le moins – dans votre travail?

En tant que responsable internationale Fixed Income, j’apprécie énormément de travailler avec des personnes issues de régions et de cultures différentes. En réunion, mes collègues asiatiques n’ont pas le même comportement que les Australiens, les Américains réagissent autrement que les Européens... et quant aux Suisses, ils ne disent jamais rien! (Elle rit.) L’expérience m’a montré qu’un mix de tempéraments et d’approches culturelles conduit souvent aux meilleures solutions. C’est que la notion de «diversité» ne se limite pas à impliquer des hommes et des femmes, il faut aussi mélanger les âges, les parcours de formation. Il y a une trentaine d’années, lorsque j’ai souhaité devenir gérante de portefeuille, il n’y avait pas encore de femmes à ce genre de poste chez UBS. Mais quand j’ai pris mes fonctions de responsable, par la suite, les choses avaient changé. Au fil du temps, j’ai aussi reçu un nombre croissant de candidatures féminines, ce qui est à mes yeux une évolution très positive. J’ai constaté en effet qu’une équipe composée d’hommes et de femmes présente d’incontestables avantages. Les femmes, en général, communiquent mieux que les hommes, qui ont tendance à se plonger dans leurs analyses – surtout dans le domaine obligataire! Or plus la communication est efficace, meilleure est la dynamique de groupe, ce qui peut se répercuter sur la performance des placements. Quant à moi, ce qui me plaît le plus dans mon travail, c’est bien sûr les marchés financiers et les défis qu’ils impliquent: faute de prévisibilité, il faut allier flexibilité et créativité. Voilà l’aspect passionnant! J’aime bien aussi le fait qu’en matière de placement, la performance se mesure clairement et le mérite soit récompensé. Ce que j’aime un peu moins, c’est la fameuse «réunionite» – à mon avis, on pourrait sans inconvénient espacer les réunions!

Quelles questions aimeriez-vous poser au célèbre investisseur Warren Buffet si vous en aviez l’occasion?

Je serais curieuse de savoir ce qui l’a poussé, à l’époque, à devenir le grand investisseur qu’il est devenu. Ce qui lui a plu dans ce métier qu’il exerce avec tant de succès. Il a aujourd’hui plus de 80 ans, il doit en avoir des choses à raconter sur l’investissement et son évolution au fil du temps! Ce serait très intéressant de l’entendre…

En quoi l’action des autorités et des milieux politiques mérite-t-elle d’être améliorée?

Que l’on renforce la réglementation après la crise financière, c’était compréhensible. Mais nous observons régulièrement que les représentants des autorités, faute de connaître suffisamment certains détails, se montrent un peu méfiants face à nos propositions. J’aimerais qu’au sein des autorités, il y ait davantage de spécialistes du secteur financier. Nos discussions seraient ainsi plus pointues, il y aurait moins de malentendus. Quant aux politiciens, il faudrait qu’ils aient une approche un peu moins politique et un peu plus objective des questions financières. Il serait donc bon de trouver une plateforme où l’on puisse véritablement échanger, par exemple sur des sujets comme l’AVS et les caisses de pension.

Pendant vos loisirs, quelle activité est pour vous un facteur d’équilibre?

Je suis quelqu’un qui n’a aucun mal à «débrancher» pendant son temps libre. Par exemple, je ne lis pas les derniers courriels reçus avant de m’endormir, ils peuvent attendre le lendemain. Compte tenu de mes fonctions, je dois être joignable à tout moment si nécessaire, mais pour ma part je n’envoie aucun courriel à mes collaborateurs pendant le week-end – à condition bien sûr que tout soit «normal» sur les marchés. Par ailleurs, je me ressource beaucoup en faisant du sport. Passer plusieurs heures sur un parcours de golf, se concentrer sur la balle tout en étant dans la nature, c’est très reposant, au même titre qu’une longue randonnée.

Avec qui auriez-vous plaisir à partager un repas?

Avec Michelle Obama. J’ai été impressionnée par sa façon d’incarner la First Lady. Elle est très intelligente et aurait toutes ses chances d’être élue Présidente des Etats-Unis si elle était candidate. Son rapport avec son mari aussi m’a fascinée. La rencontrer, ce serait vraiment exceptionnel.

Quel est votre plat préféré?

Les pâtes – faites maison, bien entendu!

Et votre destination de prédilection lorsque vous partez en voyage?

J’aime voyager, j’ai déjà été dans plus de 65 pays. Mais l’Asie ne cesse de me fasciner. Que ce soit en Thaïlande, au Cambodge, au Vietnam, au Laos – je m’y sens bien partout. Les gens là-bas vous accueillent à bras ouverts. Le dernier pays où j’ai vécu des moments inoubliables, c’est le Bhoutan. Quand on rentre de ce genre de voyage, on se rend compte du niveau de vie dont on bénéficie en Suisse et du privilège que c’est d’être né et d’avoir grandi ici.

Retour à l'aperçu